Comment noter ses idées

J’ai toujours beaucoup d’idées que je veux noter pour ne pas les oublier. La tâche peut sembler simple, mais j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois avant de trouver un système pérenne.

J’ai fini par identifier trois composantes à considérer pour évaluer un système de prise de notes :

  1. la complexité du système et la friction qui en résulte ;
  2. l’optimisation pour l’écriture ;
  3. l’optimisation pour la lecture.

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Pourquoi prendre des notes ?

Pour être plus créatif.
Noter ses idées et réflexions au fur et à mesure permet de ne pas les oublier et les rend accessibles dans le temps. En prolongeant leur durée de vie, on permet la rencontre de deux idées qui n’auraient pas partagé la même timeline. Et quand plusieurs idées disparates s’éclairent mutuellement, de nouvelles émergent.
Pour identifier les points sur lesquels s’améliorer.
Écrire sur ses agissements au quotidien fournit un feedback qui permet d’identifier des motifs récurrents dans son comportement. Une fois le problème identifié, on peut analyser ses réactions et établir des protocoles d’amélioration. Par exemple, en relisant mes notes, j’ai remarqué que de façon assez systématique, je procrastinais le jeudi matin. Maintenant que j’ai identifié ce problème, je peux mettre en place des mesures spécifiques pour l’éviter.

Commencer par créer l’habitude

J’ai passé beaucoup de temps à réfléchir au système de prise de notes idéal. En tant que programmeur, j’étais en mesure de construire des systèmes aussi personnalisés et aussi complexes que je le voulais. Initialement, je voulais trier chaque note dans des catégories, ajouter des tags pour pouvoir les filtrer par sujet, utiliser des couleurs, etc. Mais je me suis rendu compte que plus le système est complexe, plus vite j’arrête de prendre des notes.

Pour identifier le système idéal, il faut être au clair sur l’objectif de la prise de notes. Pour moi, l’objectif est de garder une trace en temps réel pour pouvoir analyser ou faire des liens a posteriori.

garder une trace en temps réel, pour pouvoir analyser ou faire des liens a posteriori

Donc le système optimal, c’est celui qui favorise la saisie quotidienne d’informations. C’est celui qui permet de créer l’habitude.

Or, le problème des systèmes trop complexes, c’est qu’il faut du temps et du willpower pour décider dans quelle catégorie mettre une nouvelle note. Ça crée de la fatigue inutile qui peut sembler négligeable mais qui ne l’est pas en fin de journée, quand on est déjà épuisé et pressé. On finit par ne pas écrire son idée par manque de temps. Ou alors on la met dans la mauvaise catégorie et la note est impossible à retrouver.

Donc il faut commencer par réduire la complexité.

Minimiser la complexité et la friction

J’ai développé un protocole pour identifier les sources potentielles de friction et de complexité dans un système. On peut l’utiliser sur la prise de notes.

L’idée est simple : si l’on réduit un système de prise de notes au strict minimum, qu’est-ce qu’on ne peut pas jeter ?

  1. Il faut pouvoir écrire une note.
  2. Il faut pouvoir relire cette note dans le futur.

Et c’est tout. Ça veut dire que tout le reste (mettre des catégories, utiliser des tags, avoir une fonction de recherche), c’est de la friction potentielle susceptible de nous décourager les jours où l’on n’a déjà plus beaucoup d’énergie.

En fonction de nos objectifs, on peut choisir d’introduire un peu de complexité supplémentaire. Mais si on veut un système à utilisation quotidienne, il faut le faire avec parcimonie et s’assurer que le jeu en vaut la chandelle.

La raison principale pour introduire de la complexité dans un système, c’est l’optimisation par rapport à l’usage qu’on en fait.

Complexité et optimisation

À quoi ressemblerait le système si on l’optimisait par rapport à chacune de ses composantes ?

Un système de prise de notes optimisé pour l’écriture, ça donne quelque chose de similaire à un journal. On écrit les notes les unes après les autres, sans classification ni métadonnées. C’est un système dans lequel il est très simple d’ajouter une nouvelle idée, mais la recherche d’informations est linéaire (il faut tout survoler dans l’ordre pour trouver ce que l’on cherche).

Un système optimisé pour la lecture, en revanche, c’est beaucoup plus de complexité lors de la saisie : on peut envisager d’ajouter des tags ou des catégories, d’utiliser des supports différents en fonction du type de note, etc. Si les métadonnées sont entrées correctement, la recherche d’informations par tag est plus rapide qu’une recherche linéaire. À l’extrême, on obtient une base de données.

Mon point de vue vis-à-vis de ce genre d’optimisation, c’est qu’il faut commencer avec le système le plus simple possible, identifier à l’usage les points que l’on pourrait améliorer pour avoir le plus d’impact et complexifier progressivement le système jusqu’à obtenir un équilibre optimal pour l’utilisation qu’on en fait.

Premature optimization is the root of all evil.
– Donald Knuth, computer genius

Par exemple, plutôt que de décider de commencer à prendre des notes et d’acheter immédiatement 4 carnets pour trier dans 4 catégories définies a priori (ex: “mes idées” / “citations” / “journal factuel” / “journal sport”), je pense qu’il vaut mieux commencer avec un seul carnet dans lequel on met tout et attendre de voir à l’usage si c’est vraiment utile de catégoriser. L’avantage, c’est qu’ensuite on dispose de suffisamment de données pour voir quelles catégories se distinguent naturellement. Et bien souvent, ce ne sont pas celles auxquelles on pensait initialement.

L’avantage caché des recherches linéaires

Le meilleur moyen pour trouver une note, c’est d’être familier avec son système et de naviguer à l’intuition. Un peu comme avec un livre de référence avec lequel on a travaillé pendant des années : on finit par savoir à peu près où se trouve chaque info et s’il faut ouvrir le livre au début ou à la fin.

Avoir un journal favorise cette intuition. Comme chaque recherche est linéaire, on est obligé de survoler chaque note et du coup:

  1. on se souvient qu’elle existe ;
  2. et on finit par savoir où elle se situe.

C’est aussi un système qui favorise la sérendipité. Pendant qu’on cherche une note, on est susceptible de tomber sur une autre et de les mettre en lien.

Enfin, quand on utilise un système de classification par tags ou par catégories, il peut arriver que l’on perde carrément une note. Le cas de figure type, c’est quand on commence à écrire sur un sujet donné et qu’on crée une place pour ce sujet. Disons un nouveau dossier ou une nouvelle catégorie. Avec l’urgence du quotidien, le grand projet tombe à l’eau, on arrête d’écrire pendant quelques temps. Résultat, on oublie la catégorie et sans système de recherche exhaustive, on perd les notes qui sont dedans… D’ailleurs, qui n’a jamais trop bien rangé une de ses affaires au point de ne plus la retrouver ensuite ?

Relecture : le maillon faible

Quand on est tout le temps pressé, il n’est pas rare de faire l’effort d’écrire une idée vite fait sur le moment, mais de ne jamais prendre le temps de relire ce que l’on a écrit.

Relire régulièrement est important, sinon le système ne peut pas remplir sa fonction. Pour s’en assurer, il faut se fixer des échéances régulières.

La clef, c’est de s’engager

Au final, peu importe les détails d’implémentation et les optimisations. Ce qui détermine le succès d’un système de prise de notes, c’est notre engagement à l’utiliser et à le maintenir.

Pour moi, prendre des notes, c’est faire le voeu de prendre du recul chaque jour pour chercher à m’améliorer ; c’est vouloir faire grandir mes idées au maximum en les nourrissant les unes avec les autres. Et plus qu’un système papier ou électronique, le moteur principal de ce progrès quotidien, c’est la régularité avec laquelle j’écris et je relis. Je me suis donc fixé comme objectif d’écrire au minimum un paragraphe chaque jour et de relire chaque semaine.

Si l’on ne s’engage pas consciemment à utiliser le système régulièrement, le risque, c’est de se faire embarquer dans le tourbillon du quotidien et des tâches urgentes et de l’oublier complètement.

Mon système en pratique

J’utilise un carnet dans lequel j’écris toutes mes notes les unes à la suite des autres. Chaque jour, je mets la date et je la souligne. Ensuite, pour chaque sujet sur lequel j’écris, je mets un titre court ou un mot clef que je souligne également. Je ne me prends pas trop la tête pour choisir le titre et je mets la première chose qui me passe par la tête. Si une fois j’utilise idée et la suivante réflexion, ce n’est pas très grave. Parfois j’utilise même un mot clef en rapport avec le sujet, comme mémoire au lieu d’idée… Dans tous les cas, je vois bien que c’est différent de sport.

C’est un système très simple au final, et qui croirait que j’ai passé 5 ans à mettre en oeuvre des systèmes beaucoup plus complexes avant d’en arriver là ?

Quand je n’ai pas mon carnet avec moi, j’utilise ce que j’ai sous la main (en général mon smartphone). Sur mon téléphone, j’ai une note intitulée Daily Inbox dans laquelle j’écris ce que je veux mettre dans mon journal. Si c’est rapide à noter, j’écris le paragraphe en entier, sinon je mets quelques mots clefs pour pouvoir me souvenir de l’idée plus tard. Ensuite, il faut un peu de discipline chaque soir pour consulter son inbox et transférer les notes dans le journal.

Sur l’ordinateur, c’est encore mieux

L’équivalent numérique de mon système, c’est de tout écrire à la fin d’un même fichier texte. L’avantage d’utiliser un système numérique, c’est que l’on peut faire des copier-collers pour transférer l’information et que l’on peut utiliser la fonction de recherche pour localiser un paragraphe rapidement. Souvent, ça marche très bien et il n’y a même pas besoin d’utiliser un système complexe avec des tags ou des catégories.

Je connais beaucoup de gens qui font ça : tout dans le même fichier texte, éventuellement un fichier texte par mois pour les plus prolifiques.

L’avantage d’utiliser le même fichier plutôt que d’avoir plusieurs fichiers dans un dossier, ou plusieurs notes dans une application, c’est que la recherche linéaire est très simple : il suffit de scroller jusqu’à trouver ce que l’on veut. Quand on a plusieurs fichiers, il faut cliquer partout pour les ouvrir et les fermer ; c’est désagréable et ça ralentit la recherche pour un bénéfice quasi inexistant selon moi. Par exemple, si l’on veut sauter d’une note à une autre rapidement, on peut faire précéder tous ses titres d’un # (dièse) et utiliser la fonction de recherche pour sauter de titre en titre.